Comme pour tous les domaines industriels, la tendance en terme de protection contre la corrosion s’oriente vers des procédés et des produits durables et de plus en plus respectueux de l’environnement mais, surtout résistants et moins chers…
Mieux vaux prévenir…
En génie chimique, la protection contre la corrosion devrait s’opérer dès la phase de la conception du matériel. En effet, des mesures préventives prises au bon moment permettent d’éviter de nombreux problèmes lorsqu’il s’agit de garantir une certaine durée de vie à un objet. Ainsi, pour prévenir la corrosion, il faudrait faire un bon choix du matériau et des formes des équipements.
Le choix du matériau constituant l’outillage est un problème souvent complexe, où se conjuguent des facteurs d’ordre technique (propriétés physiques) et d’ordre économique (prix et coût de maintenance). De plus, il est nécessaire que ce jugement soit complété par une analyse aussi précise que possible du comportement du matériau vis-à-vis des conditions aux quelles il sera soumis.
Il n’existe pas de métaux ou alliages qui aient une résistance absolue à la corrosion, mais on connaît uniquement des matériaux résistant à la corrosion dans certains milieux agressifs.
L’acier inoxydable est le matériau le plus utilisé dans l’industrie chimique. Sa résistance à la corrosion est, essentiellement, due à la formation en surface d’une couche passive qui apparaît naturellement à l’air et qui est constituée d’un oxyde riche en chrome très résistant. L’inox compte plusieurs nuances (martensitique, ferritique, austénitique,…). Il est abondant et son prix est abordable. C’est pour ces raisons qu’il est prédominant dans l’industrie. Toutefois, dans certains domaines, d’autres matériaux sont préférés, comme l’alliage de nickel, de cuivre, d’aluminium, de titane ou de zirconium (le zircaloy est très utilisé en industrie chimique et nucléaire ou encore le zirlo). Mais, en raison de leurs prix élevés, leur utilisation reste limitée.
Aujourd’hui, dans une optique de durabilité et de maitrise de la corrosion, les multi-matériaux représentent un large potentiel d’innovation pour les métallurgistes. Grâce à leur multifonctionnalisation, ces nouveaux matériaux concurrencent, fortement, les métaux et alliages.
A noter qu’il est, également, primordial de bien adapter la forme des équipements pour minimiser les risques de corrosion.
Les mesures de protection
Il est évident qu’un bon choix du matériau et de la géométrie des équipements ne peut suffire à venir à bout de la corrosion. C’est pour cela qu’il existe une multitude de moyens de protection contre la corrosion :
- Protection par revêtements
- Protection par inhibiteurs
- Protection électrochimique
Plusieurs moyens de protection ont été abordés plus haut (tableau 1)
1. Les revêtements :
La technique la plus évidente pour protéger un métal contre la corrosion est de le recouvrir d’un revêtement protecteur. On distingue dans cette catégorie deux techniques : les revêtements métalliques et les revêtements non-métalliques. Dans les métalliques, on compte les revêtements anodiques (comme le cas de la galvanisation par zinc) et les revêtements cathodiques (cas du nickelage). Quant aux revêtements non-métalliques, on peut citer les revêtements polymériques (thermoplastes, caoutchoucs, thermodurcissables), les bitumes (utilisés souvent pour les structures enterrées) et les peintures et vernis (en plus de protéger ils assurent une fonction décorative). Pour le choix d’un revêtement de protection, il faut évaluer la tenue chimique par rapport au milieu d’utilisation et tenir compte de la corrosion. De plus, il est impératif de respecter les réglementations environnementales. En effet, après l’interdiction d’utiliser certaines substances dangereuses et polluantes (comme le cadmium puis le chrome hexavalent (CrVI), le plomb, le biphenyl polybromé, certains dérivés époxydiques,…), de nouvelles gammes de revêtements respectueux de l’environnement ont été développées : les passivations sans Cr(VI), les procédés de zinc lamellaire ou encore des zincates sans cyanure aux zincs alcalins et procédés de cuivre remplaçant les systèmes contenant du cyanure. Les industriels proposent également des procédés de nickel chimique exempts de Pb, Cd et d’ammoniac, …
En outre, les experts des revêtements anticorrosion se tournent davantage vers des revêtements plus minces en employant de nouveaux matériaux. Aujourd’hui, le graphène s’est avéré être le plus mince revêtement anticorrosion que la science ait connu.
Aussi, les techniques de mise en place des revêtements ont, également, suivi la tendance actuelle. Les procédés sont devenus de plus en plus « verts » mais surtout plus efficaces. Suivant le type de matériau à protéger et le matériau de revêtement envisagé, différentes techniques peuvent être utilisées, allant des dépôts classiques par immersion et des dépôts électrolytiques ou chimiques à des techniques plus avancées comme l’oxynitrocarburation, les dépôts sous vide et plasma, en passant par les techniques par voix sèche qui ne cessent de se développer (Figure3).
Toutefois, pour obtenir une efficacité maximale, le revêtement doit être précédé par une préparation de la surface du métal de base (dégraissage, décapage, polissage, etc.) de façon à ce que le revêtement soit adhérent.
Figure3 ; Classification des traitements thermiques et des traitements de surfaces

Source : Association de traitement thermique et de traitement de surface (A3TS)
En outre, la technologie Sol-Gel représente une voie intéressante pour la protection anticorrosion dans une optique de développement durable et de réduction d’impacts. Cette technologie est particulièrement en concurrence avec les procédés s’appuyant sur les métaux lourds (Cr, Cd, Pb,…) utilisés pour des revêtements fins (< 25µm). L’utilisation de la technologie Sol-Gel représente, aujourd’hui, une approche éco-responsable tant à cause de la législation que de la demande des consommateurs. Celle-ci tente de remplacer les prétraitements à base de Cr.
2. Les inhibiteurs :
Un inhibiteur de corrosion est un composé chimique qui, ajouté à faible concentration au milieu corrosif, ralentit ou stoppe le processus de corrosion d’un métal placé au contact de ce milieu. En général, les inhibiteurs sont classés en fonction de leur mode d’action. On trouve, ainsi, des inhibiteurs anodiques ou passivants (agissant sur la réaction anodique), inhibiteurs cathodiques (agissant sur la réaction cathodique), inhibiteurs mixtes (agissant sur les deux réactions).
Bien que leur utilisation soit théoriquement envisagée dans la plupart des cas de corrosion (sauf en cas de volume trop important du milieu corrosif), les inhibiteurs ont des domaines traditionnels d’application, à savoir, le traitement des eaux (eaux de procédés industriels, eaux de chaudières,…), l’industrie du pétrole (forage, extraction, raffinage, stockage,…), mais aussi pour le décapage/nettoyage des métaux (assurant une protection temporaire du métal).
Les inhibiteurs de corrosion constituent un moyen à part entière de protection contre la corrosion métallique. Ils présentent l’originalité d’être le seul moyen d’intervention à partir du milieu corrosif, ce qui en fait une méthode de contrôle de la corrosion facile à mettre en œuvre et peu onéreuse, pour peu que le ou les produits utilisés soient d’un coût modéré.
Cependant, la plupart des inhibiteurs de corrosion sont connus par leur toxicité. D’autre part, les quelques inhibiteurs qui sont moins toxiques et biodégradables ne sont pas, toujours, suffisamment efficaces pour contrôler la corrosion pour tous des métaux usuels.
A noter que les inhibiteurs à base de groupement amines ou d’acides carboxyliques (voire les deux combinés) présentent des pouvoirs protecteurs intéressants (spécialement pour les métaux et alliages férreux). Ils sont actuellement utilisés, notamment, en raison de leur faible toxicité vis-à-vis de l’environnement.
3. La protection électrochimique :
La corrosion électrochimique est le résultat du passage d’un courant entre une anode et une cathode. Ainsi, pour stopper la corrosion, il faut agir sur la pile formée. Dans ce sens, deux types de protections électrochimiques peuvent être envisagées : une protection anodique ou une protection cathodique.
La protection cathodique (PC) se fait soit par anode sacrificielle (le métal à protéger est relié électriquement à une électrode constituée d’un métal moins noble) soit par courant imposé (à l’aide d’une source de courant continu, on impose une intensité de courant assez suffisante pour ramener le système à un potentiel de protection où la réaction de corrosion n’aura pas lieu).
Depuis son introduction en 1824, la PC est largement utilisée dans l’industrie pétrochimique et parachimique, notamment, pour protéger les conduites souterraines et les réservoirs d’emmagasinage ainsi que les échangeurs de chaleur et les clarificateurs d’effluents…
La protection anodique (PA), qui est plus récente, repose quant à elle sur l’aptitude à la passivation du matériau dans le milieu considéré. On distingue, dans cette catégorie, la protection anodique par cathodes statiques ou la protection réglée par un potentiostat. La PA est applicable principalement à la protection d’équipements contenant ou transportant de l’acide sulfurique (H2SO4) ou des liqueurs caustiques. Une PA permet souvent au concepteur d’utiliser un alliage faible plutôt qu’un métal résistant à la corrosion et ce, à coût global moindre.
Une corrosion qu’on surveille est une corrosion qu’on contrôle
Au cours des décennies passées, l’évolution perpétuelle de la technologie exige des solutions plus performantes pour lutter contre la corrosion. Les chercheurs ont excellé dans ce domaine et plusieurs avancées ont vu le jour,… Cependant, même les technologies les plus exotiques ne sont pas totalement invulnérables face à la corrosion. De ce fait, une surveillance de celle-ci s’impose.
La surveillance ou le monitoring de la corrosion consiste à mesurer les différents facteurs de corrosivité dans un procédé. Les mesures peuvent se faire de façon traditionnelle en prélevant des échantillons qui seront ensuite analysés au laboratoire, ou en ligne via des capteurs spécifiques positionnés au niveau de l’installation.
Grace aux progrès de la microélectronique, les capteurs sont devenus plus performants permettant ainsi, une surveillance en temps réel de la corrosion. Différents équipements sont proposés aux industriels qui en plus de contrôler l’état et la vitesse de corrosion, permettent de surveiller la concentration et l’effet de l’inhibiteur, l’état du revêtement et les pertes de poids ou même d’agir sur les dosseurs pour ajuster les débits des additifs…
Finalement, la corrosion sera toujours là, les moyens pour la vaincre ne cesseraient de se développer. Aujourd’hui, l’industriel a l’embarras du choix quant aux moyens de protection, de prévention et de surveillance.
Cependant, combattre la corrosion consiste, en fin de compte, à adopter une bonne stratégie, avoir de bons réflexes, être attentif aux détails et toujours profiter des progrès technologiques en restant constamment informé sur les nouveautés dans ce domaine.
Pour en savoir plus
www.corrosion-doctors.org
www.nace.org